
V pour Vendetta
(James McTeigue)
Ce n’est pas le genre des scénaristes Larry and Andy Wachowski de manquer l’occasion d’un naufrage à la mode. Ici, ils déclenchent un arsenal d’explosions et de bagarres hyper-violentes, qui défient souvent les lois physiques de la pesanteur. Le chef d’orchestre de ce concerto de destruction, qui se déroule dans une Angleterre totalitaire du milieu du 21e siècle, s’appelle simplement V (Hugo Weaving). Il prend son inspiration du personnage historique britannique Guy Fawkes : c’est un anarchiste, qui a l’intention de faire exploser le Parlement de Londres. V est un être fantastique, doté de pouvoirs surnaturels, portant un masque en porcelaine au sourire figé. Tout cela est suffisamment irréel pour nous rappeler l’origine de l’histoire, à savoir, une bande dessinée.
Le film est loin d’être simpliste, cependant, dans son histoire et dans son exécution. V est un créature éloquente et rationnelle, dont la tendance violente trouve ses racines dans son emprisonnement et dans sa soumission aux expériences eugéniques, au cours desquelles il a été défiguré et presque incinéré. Appelez-le l’Hannibal Lecter des terroristes : il peut, avec une facilité semblable, prononcer des mots allitératifs impressionants, déployer un grand dispositif incendiaire, ou brandir des poignards démesurés dans une scune de démembrement chorégraphiée comme un ballet.
L’indépendance, l’individualité et la résistance à la dictature sont de bons prétextes à fonder l’âme funeste de ce héros-canaille, car V se voit comme un instrument du peuple ; il ne fait mal à aucun innocent, et au moment crucial de l’intrigue, son anonymat est assuré par son public, à savoir, une foule dont chaque membre porte le même masque que lui. Ni la subtilité ni l'ambiguité morale ne comptent guère dans cette "matrix" ; les frères Wachowski offrent peu d’occasion de réfléchir si la fin justifie les moyens. En effet, le gouvernement répressif veille même à la vie privée, ce qui est souligné par une intrigue secondaire à éléments saphiques.
Ainsi, il n’y a rien de special dans ce film – un polar de
science-fiction, avec des bombes à compte
à rebours numérique et un détective frustré et défait (Stephen Rea).
Mais voilà qu’apparaît le
faire-valoir exquis de V, Evey Hammond (Natalie Portman), jeune Londonienne
rusée prise au piège par hasard dans ce suspense noir.
L’affinité d’Evey pour ce terroriste
à la langue déliée vient du fait que ses parents ont été
liquidés pour des raisons politiques. Si quelqu’un
pouvait faire réussir ce scénario, c’est bien Portman, une beauté de 24 ans,
diplômée de l’université de Harvard en psychologie. Elle
a été nominée, justement, à un Oscar en 2004 pour son
rôle dans Closer (Entre adultes consentantes), film du réalisateur
Mike Nichols sur les relations intimes.
Portman amène à l’écran une dignité et une maturité au-dessus de son âge ; directe et ouverte, elle donne au film l’âme qui manque au protagoniste. Quand ses cheveux sont tondus par un coiffeur de prison, elle n’en devient que plus attachante. Et si enfin elle est la seule à laquelle V laisse pénétrer sa carapace, c’est aussi pertinent que conventionnel. Force est de constater, d’ailleurs, que V ne se démasque pas à Evey, rendant sa tentative de l’intimité quelque peu farfelue. Un jour, viendra un partenaire masculin digne de cette actrice. A ne pas manquer. Cependant, elle seule ne parvient pas à faire de ce film un triomphe.
A l’échelle de machiavels masqués : 10 sur 20