Sophie Scholl : Die letzten Tage (Les derniers jours) (Marc Rothemund)

 

Une société muselée

 

 

        Parmi les questions difficiles qui persistent depuis la seconde guerre mondiale, se pose celle-ci : dans quelle mesure les Allemands ont-ils soutenu Hitler ?  Sophie Scholl : Les derniers jours suggère que sans l’étouffement prompt et impitoyable de la dissidence par la police du IIIe Reich, un plus grand nombre d’Allemands se seraient opposés au régime nazi.  Le film est l’histoire vraie de la répression brutale d’un petit groupe d’étudiants, qui avaient pris pour nom " la Rose blanche ", et qui distribuaient des tracts dénonçant Hitler et la guerre.

        Que la suggestion du cinéaste soit vraie ou non est discutable – la passation des pouvoirs à Hitler a été approuvée, après tout, par 90 pour cent de l’électorat allemand dans le plébiscite de 1934 – mais Sophie Scholl mérite d’être reconnu comme évocation sans fard d’un épisode immonde dans une ère monstrueuse.  Le film se déroule à Munich en février 1943, et il recrée les événements menant à l’arrêt de trois membres de la Rose blanche : Sophie Magdalena Scholl, qui avait 21 ans à ce moment-là, son frère Hans, et Christoph Probst.  Le film raconte ensuite leur bref emprisonnement, leur procès sommaire, et leur exécution à la guillotine.  En effet, le film poursuit son chemin sinistre jusqu’au bout : à la fin, avec la chute du couperet, l’écran se fond en noir.

        L’histoire est racontée du point de vue de Sophie, jouée par Julia Jentsch.  L’actrice a les cheveux châtain, n’est pas maquillée, et ses traits bien proportionnés ressemblent quelque peu à ceux de l’actrice américaine Debra Winger.  Des scènes d’interrogation intense dirigées par la Gestapo sont fondées sur des rapports officiels et sur des transcriptions que le réalisateur Rothemund a découverts aux "Bundesarchiv," les archives nationales allemandes.  De plus, certaines scènes ont été tournées aux endroits où les évenements dépeints se sont véritablement produits, comme leur maison, l’université où Sophie et son frère avaient distribué des tracts, et le palais de justice.

        L’allure tranquille et le comportement constant de Julia Jentsch confèrent une certaine créance aux paroles de Sophie, lorsqu’elle dénonce clairement la destruction de la vie et de la propriété, et les atrocités commises au nom de la patrie.  L’actrice donne à son personnage la résolution inébranlable et la force morale issues d’une conviction absolue.  Elle ne se laisse pas intimider par la déclamation furieuse du magistrat qui la condamne à mort.  Elle lance plutôt une réplique dévastatrice : "Vous serez bientôt où nous sommes en ce moment".

        Etant donnés le sujet, de haute signification historique, l’attention soigneuse du cinéaste aux détails de l’époque, et le jeu savant des comédiens, Sophie Scholl a été nominé en 2006 pour l’Oscar du meilleur film étranger.  Le film a perdu, en faveur de Tsotsi, digne gagnant.  Sophie Scholl englobe moins d’événements et de personnages connus que le puissant Der Untergang (La chute), de 2004, qui décrit les derniers jours tumultueux d’Hitler et la chute de Berlin.  (Julia Jentsch y avait également tenu un rôle secondaire.)  Sophie Scholl dessine, néanmoins, le portrait d’une héroïne qui a tout sacrifié pour résister à l’horreur du nazisme.  D’ailleurs, comme Der Untergang, Sophie Scholl reflète le désir des cinéastes allemands de faire face à la profonde barbarie du régime d’Hitler, barbarie qui s’est exercée même sur des citoyens de la nation elle-même.  Le film donne un visage humain à un épisode qui ne serait autrement qu’une note obscure en bas d’une page d’histoire.

A l’échelle de dictatures inadmissibles : 16 sur 20

 


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