Match Point   (Woody Allen)

 

        Béni des dieux

 

 

 

        Un souffle d’air frais, engendré par un changement d’environnement, avive ce drame néo-shakespearien de moeurs et de tromperie.  Du New York, milieu cher à Woody Allen, on passe à un Londres de luxe et soigné.

        Le protagoniste, Chris Wilton (Jonathan Rhys Meyers), est un personnage à qui la chance sourit.  Jeune joueur professionel de tennis, il épouse une femme constante, en adoration devant lui, Chloë (Emily Mortimer).  Grâce à ses liens de parenté, Chloë lui facilite les choses, en lui procurant l’entrée dans la société londonienne et dans les hauts rangs de la finance.  Insuffisament satisfait, comme de coutume, et, de plus, avide de chair, Chris risque tout en se lancant dans une aventure avec Nola, la fiancée de son beau-frère, frivole, bien roulée et aux lèvres gonflées.  Le rôle de Nola est joué par Scarlett Johansson, actrice américaine qui fait couler beaucoup d’encre -- en effet, une quantité disproportionnée à son talent -- en ce moment 

        Allen tisse une intrigue envoûtante.  Nola met fin à ses fiançailles et attend un enfant de Chris, qui lui promet d’abandonner sa femme Chloë pour elle.  Cependant, Chris se trouve face-à-face avec un dilemme : il ne peut ni couper ses liens de dépendance avec Chloë, ni se dégager de sa relation avec Nola, qui devient de plus en plus exigeante et surexcitée.  Peu à peu naît dans l’esprit de Chris une pensée agressive à l’égard de Nola.  Il est insensiblement poussé à un acte violent et désespéré : il tue Nola de sang-froid.

        Ce film est une réussite sur plusieurs niveaux.  Le mouvement est ininterrompu, les répliques sont vives, et la distribution est jeune et pleine d’entrain.  Par contre, Monsieur Allen donne à Nola des manières cabotines qui distraient inutilement le spectateur.  D’ailleurs, les deux détectives qui font une enquête préliminaire du meurtre de Nola n’ont évidemment pas maitrisé le bréviaire de Scotland Yard.  Ils pourraient attraper l’assassin, mais ce n’est pas dans les intentions d’Allen.

        Qu’on ne soit pas choqué par cette histoire scabreuse : le sensationnel n’est pas le genre de Woody.  Il n’y a ni sang, ni nudité, ni relations sexuelles explicites.  La scène dans laquelle se déchaîne pour la première fois la passion de Chris et de Nola – avec bonheur, dans une pluie torrentielle en plein milieu d’un pré – est coupée avant que le couple ne commence à se déshabiller.  En fin de compte, le film se tient assez bien, comportant gravité et naturel, qualités qui manquent parfois dans l’oeuvre de Woody Allen.

A l’échelle des arrivistes amoraux : 15 sur 20


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