La Malediction  (The Omen)  (John Moore)

 

 

                        Que l’homme doué d’esprit calcule le chiffre de la Bête, c’est un chiffre d’homme : son chiffre, c’est 666.

                                                                    – L’Apocalypse (Revelation, New Testament) 13:18

        Comme si les intrigues théologiques labyrinthines de Da Vinci Code ne suffisaient pas, ce film d’épouvante, remake du thriller de 1976 avec Gregory Peck et Lee Remick, devrait être la nouveauté du jour.  Il se passe peu de temps avant la prédiction de l’arrivée de l’Antechrist ; une comète aperçue d’un télescope énorme dans les entrailles du Vatican annonce la venue de maux inédits, voire de l’Armageddon, la bataille finale entre le bien et le mal, révélée dans l’Apocalypse.

        Le prince des ténèbres s’incarne dans le personnage de Damien, qui est né à la sixième heure du sixième jour du sixième mois, et qui porte, cachée sous ses cheveux, la marque de la Bête : un symbole formé par le numéro “666.”  Le moment choisi pour la sortie du film est donc évident : il est apparu, dans le monde entier, le sixième jour du sixième mois de l’an 2006.

        Le nouveau-né Damien est substitué à l’enfant mort-né de Robert Thorn, ambassadeur américain en Italie (Liev Schreiber) et de sa femme Katherine (Julia Stiles), épuisée par la naissance, et trop faible pour comprendre ce qui se passe autour d’elle.  La substitution a lieu avec l’accord du père ; il laisse croire à Katherine que c’est leur enfant, afin de lui épargner la douleur de la perte de leur vrai enfant.  Il ne veut pas s’avouer à quel point il il met le doigt dans l’engrenage du mal.

        Le film fait alors un bond de plusieurs années.  Le garçon (Seamus Davey-Fitzpatrick), sa petite enfance à peine achevée, a une mine curieusement impassible.  Cette apparence neutre est trompeuse ; le petit démon provoque une série d’accidents mortels monstrueux, comme celui d’un prêtre terrifié qui, frappant à la porte d’une église en plein nuit, est percé à mort par la flèche du clocher.  La force malveillante fait agir les objets ainsi que les hommes, de façon stupéfiante.  Une fois que les horreurs commencent, Robert est sur le point d’avouer la vérité à Katherine, mais il est interrompu, et il ne l’en avertit jamais.  On se demande pourquoi.

        Une bonne d’enfants (Mia Farrow) agit de concert avec le jeune diable, mais leur complicité est entièrement tacite.  Bien que cette dame soit apparemment possédée du même esprit, on ne sait si elle est sous son influence ou si elle est plutôt un agent du mal qui travaille à son propre compte.  Et le scénariste David Seltzer, qui a écrit aussi le film original de 1976, ne manque pas d’emprunter de l’aide au règne animal, sous forme de chiens féroces qui menacent les parents infortunés.

        La terreur d’un film d’épouvante semble multipliée si la force occulte agit à l’encontre de l’église.  Cela évoque dans l’esprit de l’homme les forces du bien et du mal, soi-disant les plus puissantes. Ainsi ce film ne cesse de montrer des prêtres éperdus, lancant des avertissements graves.  Mais la détermination farouche de ces prêtres devient caricaturale et, à part le choc de la violence, on se lasse du lourd symbolisme religieux.

        Il est possible de tourner un film de bonne qualité sur ce thème : c’est ce qu’avait fait le réalisateur de L’Exorciste.  Mais Schreiber ne communique guère d’émotion, Stiles est trop jeune pour le rôle, et le couple ne travaille pas aussi bien ensemble que Peck et Remick l’avaient fait dans le film original.  Enfin, on se demande si le vrai sujet, sous-jacent, ne serait pas un complot sulfureux pour nous attirer vers un mauvais remake.

A l’échelle des monstruosités diaboliques : 8 sur 20

 


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