
L’Enfant (Jean-Pierre et Luc Dardenne)
Une mauvaise pente
"Je ne veux pas travailler," lance Bruno (Jérémie Renier), jeune homme Belge débraillé et ébouriffé, "c’est pour les enculés." Ainsi ce délinquant affiche une attitude qui va, avant que cette histoire ne s’achève, entraîner un grave malheur, non seulement à son encontre, mais aussi à celle de sa petite amie innocente, Sonia (Déborah François), qui vient de donner naissance à leur fils. Plutôt naïf que violent, Bruno est néanmoins malfaisant : pour des euros en billets, il vend le bébé. Ensuite, il est complètement dépassé par un marchandage avec des trafiquants en bébés, et il fuit désespérément de la police. La chute n’en est pas moins pénible par suite de son caractère inévitable.
Jérémie Renier a joué le rôle principal aussi en 1996 dans un autre film des frères Dardenne, La Promesse, qui touche également à la pauvreté et à la délinquance. Les Dardenne jouent avec des événements épouvantables, d’un style réaliste et sans fard. Avec un personnage jeune et autodestructeur, L’Enfant rappelle l’excellent film Sans toit ni loi, de 1985, réalisé par Agnès Varda. Toutefois, des deux films, celui-ci est certainement moins pénétrant et plus étroit. L’Enfant se déroule à Seraing, ville wallone terne et industrielle ; cet environnement manque des espaces découverts et des points de repère viticoles du sud de la France, où prend place Sans toit ni loi. D’ailleurs, les errances de Mona, la protagoniste nomade de Varda, jouée avec abandon par Sandrine Bonnaire, mettent en oeuvre des personnages plus variés et plus pittoresques que ceux de L’Enfant. Ces personnages ont donné des aperçus de la personnalité profondément indomptée et rebelle de Mona. Comparé à elle, Bruno est assez vide ; c’est un blanc-bec.
Bruno évoque aussi un autre protagoniste qui, faute de moeurs et de but dans sa vie, se tourne vers une vie de crime : celui de Pickpocket, film réalisé par Robert Bresson en 1959. Mais alors que le protagoniste de Bresson est pensif et relativement raffiné, Bruno est cru, peu formé.
Néanmoins, L’Enfant dépeint de façon vraisemblable et époustouflante des personnages venant d'un milieur défavorisé. Le film a gagné la Palme d’Or à Cannes en 2005, où l’un des jurés était ... Agnès Varda.
A l’échelle du dérapage incontrôlé : 14 sur 20