
Jugez-moi coupable (Find Me Guilty)
(Sidney Lumet)
Un esprit de famille
Le réalisateur américain Sidney Lumet connaît bien la spécialisation judiciaire au cinéma. Il y a une quarantaine d’années, il a réalisé Twelve Angry Men. Dans les années qui ont suivi, conscient des problèmes de son temps, il a tourné d’autres films forts, y compris Serpico, Dog Day Afternoon et Network. Find Me Guilty (en français, "reconnaissez-moi coupable") se déroule en partie au tribunal, et en partie dans le monde des gangsters de la mafia américaine.
Ce vétéran du cinéma remet au goût du jour le genre judiciaire, en relatant un des procès les plus longs dans les annales des tribunaux : celui de 22 membres de la mafia du New Jersey. Lumet intègre à haute dose une conduite grossière et crue, ce qui amène le spectateur à se demander si Lumet s’est senti poussé par l’appétit, apparemment insatiable, de sexe et de violence du grand public – ou si cela est attibuable à l’influence omniprésente des Sopranos.
Quoi qu’il en soit, le résultat est un métissage, quelque peu inharmonieux, du décorum du tribunal et des aventures rocambolesques des mafiosi. Mais la situation est sauvée par une interprétation insolite et étincelante de Vin Diesel, connu jusque là pour ses rôles d’action ou de vaudeville. Diesel, qui a 38 ans, et doit sembler en avoir au moins 45, joue le rôle de Jack DiNorscio, gangster malin et blagueur, qui refuse de vendre ses " confrères ". Il résiste plutôt à la pression du procureur de témoigner contre eux, et il se défend seul, sans avocat, devant le tribunal. Par son jeu spontané et engageant, Diesel emporte le film à travers des scènes burlesques. Grâce à Diesel et à l’acteur de classe Peter Dinklage dans le rôle de Ben Klandis, l’avocat sérieux et plein de dignité de la bande, les scènes qui se passent au tribunal, et qui représentent une bonne moitié du film, sont plus fortes que celles montrant les gangsters en action, qui frisent parfois le bouffon.
En fin de compte, on est convaincu de la sincérité de DiNorscio, sans l’être de son innocence. Et le jury ? Comme le saurait tout avocat, il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.
A l’échelle des criminels blagueurs : 14 sur 20