Caché  (Michael Haneke)

 

        Enigme

 

 

        Georges and Anne Laurent (Daniel Auteuil and Juliette Binoche) forment un couple tout à fait moderne, bien investi dans le train-train de la vie parisienne intellectuelle ; il est l’animateur d’une émission littéraire télévisée, elle travaille dans une maison d’édition.  Leur vie bien affairée est perturbée lorsqu’ils reçoivent une série de vidéocassettes, accompagnée de croquis schématiques et vaguement menaçants, révélant qu’ils sont sous surveillance.  Faute de menace ouverte, il n’y a pas d’intervention de police.

        Le réalisateur/scénariste autrichien Haneke dépeint adroitement les relations familiales : peu à peu, la civilité décroît entre les époux, tandis que les étranges cassettes, déposées à la porte, mettent à rude épreuve la relation entre Georges et Anne, ainsi que la relation avec leur fils Pierrot, adolescent peu communicatif pour le moins.  La menace a un effet particulièrement bizarre sur Georges, qui commence à se comporter de façon singulière, comme de chercher à se bagarrer avec un cycliste – un jeune Français de souche africaine – qu’il heurte par mégarde dans la rue.

        Une histoire déplaisante de l’enfance de Georges, impliquant une famille algérienne qui travaillait pour ses parents, semble donner la clé du mystère.  Cette famille se composait des parents et d’un fils, Majid.  Après la mort des parents, apparemment lors du massacre des Algériens à Paris le 17 octobre 1961, Majid a été adopté par les parents de Georges.  Cependant, Majid se révélant difficile, à la demande de Georges, on l’envoie dans un orphelinat.

        Ce drame s’impose de nouveau dans la vie de Georges : les dessins qui accompagnent les cassettes, et certains indices dans ces vidéos, font remonter à la surface un sentiment de profonde culpabilité chez lui.  Et ce sentiment est aggravé quand Majid (Maurice Bénichou), lui-même, refait surface.  Des traces, insérées dans les vidéos, mènent Georges au H.L.M. de Majid, où les retrouvailles entre les deux n’ont guère d’aménité.  En effet, le réalisateur Haneke se sert de la relation entre les deux hommes pour insérer deux scènes sanglantes et effroyables : l’une, qui se déroule en flash-back, remonte à leur jeunesse, et l’autre, qui prend place au présent.  Cette dernière scène est même plus choquante car elle arrive à l’improviste.

        Le film est tourné avec pas mal de subtilité au niveau du script et du jeu d’Auteuil et de Binoche, tous deux professionnels consommés.  De plus, Haneke démontre une adresse remarquable dans la construction de ses plans cinématographiques : particulièrement dans la scène de l’ascenseur, où des miroirs révèlent une confrontation silencieuse entre George et le fils adulte de Majid (Walid Afkir), rendu orphelin par le suicide de son père.  Les autres occupants se comportent de façon ordinaire, entièrement inconscients de la tension qui pèse sur les deux antagonistes.

        Cependant, après avoir développé cette intrigue compliquée et perturbante, Haneke met fin au film brusquement, laissant inconnue l’identité de l’auteur des menaces ; pour des raisons diverses, il est peu probable qu’un des suspects possibles soit coupable, et il y a trop de détails laissés inexpliqués.  Dans la dernière scène, il y a un indice indirect, mais cela ne sert qu’à donner naissance à davantage de questions auxquelles il est impossible de répondre.

        Le titre, Caché, convient donc parfaitement : en effet, le film est plus voilé qu’éclairant.  Il paraît que c’est précisemment l’intention d’Haneke ; selon le site web du Festival de film de Cannes (www.festival-cannes.fr), où le film a gagné le prix de la mise en scène en 2005, Haneke aurait dit :

C'est un film personnel sur la culpabilité, comment on gère le problème de sa propre culpabilité.  (...)  C'est aux spectateurs de décider la façon de voir le film.  Je ne suis pas un maître d'école, je n'ai aucune leçon à donner.  Je peux peut-être poser des questions d'une manière plus ou moins intéressante.

Je vous entends, Monsieur Haneke.  Mais, à vrai dire, Georges gère-t-il en fait son problème de culpabilité ?  Si la piste est trop embrouillée, on risque de perdre son chemin.

A l’échelle des histoires sibyllines : 12 sur 20


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