
Boys Don't Cry (Kimberly Peirce 1999)
A Falls City, dans le Nebraska, petite ville rude en plein coeur agricole des Etats-Unis, Brandon Teena semble bien dans son milieu. L’environnement de ce jeune homme se compose d’un monde à l’état brut, à savoir, un groupe de rustres qui habitent dans des " mobile homes ", qui boivent de la bière et fument sans cesse, et qui, le cas échéant, commettent des crimes. Leur loisir préféré, à part les bagarres dans les bars, est " le ski pare-choc ", une sorte de rodéo mécanisé. Etant donné ce cadre sordide, on ne s’attend pas à ce que ce film touche des émotions profondes et fondamentales. Mais quand il s’y attaque, cela le rend d’autant plus poignant.
Car il y a quelque chose de décalé chez Brandon. Le film est basé sur une histoire vraie, qui s’est passée en 1993. Brandon Teena (Hilary Swank) est en réalité Teena Brandon, une femme qui se veut homme. Brandon, qui se présente sous les traits d’un petit malfaiteur et d’un propre à rien, décide de quitter la ville de Lincoln, dans le Nebraska, pour vivre à Falls City, afin de se soustraire à un mandat d’arrêt pour vol de voiture, et afin de prendre le personnage masculin, qui luit plaît fort. Brandon est donc à l’écart de la société à deux niveaux : sa sexualité, et son inaptitude à gagner sa vie de façon honnête.

En dépit de tout, à un certain niveau, Brandon est bien dans sa peau. Sa gentillesse et sa prévenance lui valent, instantanément et sincèrement, l’affection des femmes. Brandon tombe amoureux de Lana Tisdel (Chloë Sevigny), une rurale qui aspire à élargir son horizon. Lorsque Lana apprend que Brandon est une femme, elle ne recule nullement. La réalisatrice Peirce enregistre même leurs rapports assez explicitement. Mais quand la vraie identité de Brandon est révélée à ses amis (Peter Sarsgaard et Brendan Sexton III), ils se retournent contre la jeune femme infortunée avec une sauvagerie et une brutalité choquantes, qui entraînent sa mort.
La signification et la subtilité de ce film se trouvent dans la juxtaposition des qualités essentiellement humaines de Brandon avec la barbarie de ses soi-disant " amis ", devenus ses persécuteurs. Ce film aborde des questions perturbantes sur les préjugés et le manque d’humanité de l’homme envers l’homme, parce que Brandon Teena a payé très cher, alors que Teena Brandon n’avait blessé personne. Comme Brokeback Mountain le fera six ans plus tard, ce film se concentre sur un phénomène considéré honteux, c’est-à-dire, une réaction violente et injuste par des êtres bornés contre un être qui n’est pas " normal ". Boys Don’t Cry est un film percutant, qui pousse à la réflexion et qui reste longtemps en mémoire. Le jeu naturel et vraisemblable de Hilary Swank dans le rôle de Brandon, personnage insolite, lui a rapporté l’Oscar pour la meilleure actrice.
A l’échelle d’individus maudits par le sort : 16 sur 20