Le Journal de Bridget Jones  (Bridget Jones’s Diary)  (Sharon McGuire 2001)

        La demoiselle de Londres
 

        Peu importe que ce film soit une production anglaise, avec un scénario adapté du roman populaire du même nom écrit par l’Anglaise Helen Fielding, la réserve britannique traditionnelle est jetée à la poubelle en faveur de l’humour cru.  D’où les blagues grossières, les chutes sur le derrière.  Il n’y a rien de sérieux là-dedans ; il s’agit plutôt de la chronique de la vie trépidante et des amours folâtres de Bridget Jones, une femme d’une trentaine d’années, un peu mauvais genre, un peu potelée, qui fume et boit un peu trop, et qui passe un peu trop de temps à se demander si son âme-soeur va jamais arriver, tout en décourageant également les coureurs de jupons qui ne voient que sa poitrine et lui pincent les fesses.

        Heureusement pour nous, le rôle de cette célibataire maladroite est joué par l’estimable Renée Zellweger, Texane talentueuse qui choisit judicieusement ses rôles.  Elle a étincelé dans le rôle de l’amie de Tom Cruise dans Jerry Maguire, et a montré un grand talent dramatique en tant qu’institutrice d’un petit village dans The Whole Wide World, film digne d’attention, mais peu connu.  D’ailleurs, Zellweger a joué, dans A Price Above Rubies, le rôle d’une femme d’esprit indépendant appartenant à une secte juive très stricte, l’hassidisme ; et elle a impressionné le public dans l’histoire familiale émouvante One True Thing.  Une exception : The Bachelor, comédie romantique tombée à plat.

        Dans Le Journal de Bridget Jones, la jeune actrice américaine, aux traits doux et à la voix aiguë, exhibe un accent anglais assez remarquable ; de plus, elle a, pour le tournage, pris sept kilos, ce qui se remarque, car Bridget a tendance à se déplacer peu vêtue.  Zellweger est la seule à n’être pas anglaise dans la distribution, et elle est ici en pleine forme.  Rarement a été photographiée une bouche à tant de buts divers : grâce au jeu de ses lèvres enflées, Bridget est, tour à tour, vulnérable, incrédule, quémandeuse, et embrassable.  Elle est candide et fougueuse, et elle a tendance à aborder des questions au mauvais moment.

        Dégoutée du célibat, Bridget confie à son journal ses sentiments les plus profonds, y compris sa résolution de ne pas tomber amoureuse d’un homme superficiel.  C’est pourtant ce qu’elle fait, en la personne de son patron Daniel Cleaver (Hugh Grant), homme peu honorable, d’une élégance nonchalante, et d’un esprit rusé et malicieux.  Par la suite, Bridget se jette dans un nouvel emploi, de façon caractéristique désordonnée et abandonnée.  Toujours brave, Zellweger fait marcher le scénario, malgré les moments de non-uniformité de celui-ci.

            Un autre amoureux émerge, un avocat plein de douceur joué par le solide Colin Firth.  L’homme s’appelle Mark Darcy ; il a le même nom de famille que Monsieur Darcy, personnage joué également par Firth en 1995 dans la production estimable télévisée du roman classique Pride et Prejudice.  Ici, à la scène la plus forte du film, il y a une confrontation entre Darcy et Cleaver, et un malentendu provoqué par une révélation maladroite du journal entraîne Bridget à se précipiter dans la nuit neigeuse, ne portant qu’un pull-over sans manches et un slip en peau de léopard.

        Durant tout le film, le ton est léger ; à part Bridget, il n’y a ni profondeur dans les personnages, ni gravité dans l’histoire.  L’amour est trop facile, et les prétendants trop superficiels.  L’humour n’est pas aussi fort que, par exemple, dans la scène classique du petit restaurant de When Harry Met Sally, ou même la folie de Meet the Parents.  Le Journal de Bridget Jones est de la comédie bouffonne.  Mais, s’il n’établit rien d’autre, ce film confirme que la présence de Renée Zellweger lui donne grand poids.

A l’échelle des femmes frivoles : 12 sur 20


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