
Romance (Catherine Breillat 1999)
Etre et avoir
Le titre, Romance, est d’une ironie mordante : il s’agit d’une jeune femme dont la vie est peuplée de relations sexuelles, mais dépourvue d’amour. Le fait que cette femme choisisse de son gré cette situation donne naissance à une intrigue compliquée et troublante. La protagoniste, Marie (Caroline Ducey), institutrice, est d’une beauté langoureuse, aux yeux noirs, mince comme un mannequin de mode. Elle habite avec Paul (Sagamore Stévenin), modèle de publicité – misogyne et distant – et prétend l’aimer. Comme l’a dit de façon mémorable Faye Dunaway, par la voix de Bonnie dans Bonnie and Clyde, Paul a de drôles d’idées en ce qui concerne sa vision de faire l’amour ; à savoir, il ne le fait pas. De son côté, Marie ne peut arriver à concilier les relations sexuelles avec la tendresse. En conséquence, elle cherche des exutoires aberrants, qui tirent sur le masochisme : entre autres, elle se fait attacher, bâillonner, passer les menottes.
Si le métier de l’acteur est d’animer son personnage en investissant son propre esprit, l’interprétation de Caroline Ducey est remarquable. Son angoisse est évidente. D’autre part, le film est aussi sexuellement explicite qu’un film de pornographie. Etant donné qu’il s’agit presque exclusivement de sa vie sexuelle, elle joue une bonne partie de son rôle nue, ou presque. Marie se fait maltraiter et reste détachée ; elle endure stoïquement des actes humiliants, comme si elle était, en quelque sorte, une tierce personne, une observatrice. Se regardant dans une glace, elle dit, “ ce con ne peut pas appartenir à ce visage “. Son image dans le miroir suscite en elle un fantasme : des hommes violent collectivement des femelles dont on ne voit que la partie du corps située au-dessous de la taille, la partie supérieure étant séparée par un mur élevé. (Voir ci-dessous.) Le commentaire de Marie sur ce fantasme est presque pathologique :
C’est une femme qui est rédhibitoire. Parce qu’une femme pour laquelle on bande, c’est qu’on veut l’enfiler. Vouloir enfiler une femme, c’est la mépriser. L’amour des hommes et des femmes est impossible.
Etant donné que Romance est réalisé par une femme, cette dépersonnalisation et cette dégradation extrêmes sont quelque peu stupéfiantes. Les sentiments de Marie sont forts et bien révélés, mais, en fin de compte, ce qui la motive n’est pas divulgué. Ce film n’est-il que le portrait détaché d’une femme ayant des problèmes psychiques spectaculaires ? Pourquoi a-t-elle choisi cet homme insensible et froid, catalyseur apparent de sa déchéance ? Les raisons du comportement de Marie sont voilées, obscurcies par une conscience tourmentée d’elle-même, que Breillat n’explique pas.
Je ne me charge pas de passer un jugement sur la manière dont s’exprime
la protagoniste sur sa sexualité. Toutefois, il est
évident qu’elle se consume, qu’elle est saisie par un trouble dont elle ne peut
pas – ou ne veut pas – sortir. Le dénouement de
l’intrigue, qui semble conçu pour offrir une sorte de délivrance, est trop
surréaliste et abrupt pour arriver à ce but. Il ne
suffit pas de dépasser les bornes habituelles de l’érotisme sur l’écran.
On s’attend, à juste titre, à une progression, à
une évolution. Donnons à Mme Breillat le bénéfice
du doute ; elle a sûrement quelque chose de plus éloquent à dire sur la relation
entre homme et femme.
Note : 4 appareils de ligotage sur 10
