La Chute (Der Untergang) (Oliver Hirschbiegel)
Dans la tanière du loup
Nul ne peut mieux comprendre le phénomène qu’était le 3e Reich que les Allemands ; nul ne peut donc filmer ce chapitre d’histoire honteux et terrible, qui continue à projeter une ombre sur le monde d’aujourd’hui, une soixantaine d’années plus tard, qu’un Allemand. Dans cette production, le cinéaste Oliver Hirschbiegel réalise ce projet de façon éblouissante et inoubliable, en racontant les derniers jours d’Hitler et de ses proches, y compris Eva Braun, Himmler, Goebbels et Speer. La secrétaire particuliére d’Hitler, Traudl Junge, sert de narratrice et apparaît elle-même à la fin du film, dans un segment d’un caractère documentaire qui à été tourné vers la fin de sa vie (elle est morte en 2002). Dans ce segment elle déplore sa propre naïveté passée ainsi que le fait que ses compatriotes se voilaient la face. (Les mémoires de Junge, intitulées Dans la tanière du loup : les confessions de la secrétaire d’Hitler, ont été publiées en français en 2005.)
Dans le rôle du Führer, le comedien Bruno Ganz est autoritaire, impérieux ; malgré son air farouche, Hitler présente aussi un côté paradoxalement humain, par exemple son végétarisme. La mégalomanie d’Hitler atteint son apogée face à l’effondrement de ses armées, et lorsqu’il constate que son plan de domination avait non seulement échoué, mais avait également porté la mort et la souffrance à des millions de ses propres adeptes. Fait qu’il nie jusqu’à la fin, en refusant obstinément de capituler, disant que son peuple a choisi son destin, et blâmant opiniâtrement les Juifs.
Le film évoque aussi, d’une façon qui fait froid dans le dos, l’orgueil engendré par le souvenir de la défaite lors de la première guerre mondiale et l’assujettissement humiliant qui a suivi : cette humiliation empêche de se rendre, même exige le suicide ; dénouement choisi par certains des adjoints ainsi que par le Führer lui-même. Un film merveilleux et courageux qui, cependant, ne parvient pas au niveau de réalisme et d’authenticité du chef-d’oeuvre de Steven Spielberg, Saving Private Ryan.
Note : 9 dictateurs déchus sur 10