Le couteau dans l’eau  (Nóz w wodzie)  (Roman Polanski 1962)

Un petit jeu

        Le premier long métrage de Polanski marque l’aube de la liberté et de l’expression personnelle en Pologne communiste, comme un poussin cassant sa coquille et faisant ses premiers pas dans le monde.  En effet, comme Polanski le revèle dans un interview récent enregistré avec le film, la tendance individualiste et bourgeoise du film amènera le secrétaire général de la Pologne de l’époque, Wladyslaw Gomulka, à le dénoncer.

        Il n’y a que trois personnages, et tous sont en pleine forme :  un écrivain d’âge moyen (Leon Niemczyk), expérimenté et autoritaire ; sa jeune femme d’impeccable aspect physique (Jolanta Umecka), qui s’ennuie ; et un blanc-bec (Zygmunt Malanowicz), qui fait de l’auto-stop.  Le couple prend le freluquet en voiture et l’emmène faire de la voile sur un lac éloigné, où le film se déroule en 24 heures.

        L’espace restreint du bateau et l’isolement du lieu engendrent une espèce de partie d’échecs :  l’écrivain exerce son autorité sur son jeune invité, et la femme, bien roulée – une actrice amateur que Polanski a trouvée à une piscine municipale de Varsovie – qui est présentée, au début, sous l’image d’une Polonaise quelconque et quelque peu démodée, se transforme en une beauté provocante.  La relation entre ces trois personnages ne manque pas de sel.  Le ton du film est languissant, mais sans perversité, grâce au cadrage artistique en noir-et-blanc, à la cadence du dialogue, et au jazz intime d’avant-garde qui ponctue la bande sonore.

        Cependant, la langueur du film est aussi son point faible.  Il ne se passe pas grand-chose jusqu’au dernier acte, où la lutte pour le pouvoir entre les deux hommes atteint son point d’ébullition, et la tension, qui monte et qui descend continuellement sur le plan sexuel, aussi bien que sur le plan psychologique, finalement éclate.

        L’accueil hostile que le film reçut en Pologne – des critiques ainsi que du gouvernement – entraîna l’exil très long que Polanski s’imposa, hors de son pays natal.  Mais Le couteau dans l’eau, avec son expression instinctive et spontanée, fut tout simplement en avance sur son temps.  En effet, il est plus innovateur que la plupart des films qui se tournent aujourd’hui, grâce à son style, mesuré et visuellement frappant, et les conflits tumultueux, s’exerçant d’un personnage sur l’autre.

Note: 7 tranchants sur 10

Page d'accueil

E-mail vos commentaires

Hit Counter