Chloë dans l’après-midi  (Eric Rohmer 1972)

Un ange sur l’épaule

        Il est rarissime qu’un cinéaste ait le courage d’ignorer complètement le procédé qui consiste à invoquer des événements fabuleux, choquants, violents, pour retenir l’attention des spectateurs ;  qu’il se serve de la subtilité au lieu du trucage ; ou qu’il demande que les spectateurs comprennent ce qui est exprimé par un petit geste ou une expression passagère du visage.  Eric Rohmer est ce cinéaste.

        Ici, il s’agit de Frédéric (Bernard Verley), un homme d’affaires ordinaire qui vit à Paris.  Marié, avec un enfant en bas-âge, il se pose l’éternelle question : un homme peut-il être satisfait avec une seule femme ?  Partie d’une interrogation intérieure et théorique, la question devient aiguë quand une ancienne connaissance, Chloë (Zouzou), accueillante et libre comme l’air, ressurgit à l’improviste dans sa vie.  Et c’est le conflit dans l’esprit de l’homme : va-t-il commencer une aventure avec cette femme ?

        Avec des comédiens peu connus, Rohmer parvient à soutenir l’intérêt par la franchise et la délicatesse de ses personnages, qui révèlent, par leurs conversations, des aperçus pénétrants sur les relations entre les sexes.  En effet, Rohmer représente l’apogée de la tendance européenne, peu connue au cinéma américain : développer profondément les personnages par des conversations prolongées.  La dernière scène, qui constitue un point crucial dans le mariage de Frédéric, est la meilleure du film ; elle est émouvante autant pour ce qui n’est pas dit que pour ce qui est dit.

Note : 7 coups d’oeil sur 10.

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