American Beauty  (Sam Mendes 1999)

La vie en rose

        Lester Burnham (Kevin Spacey) a l’apparence de l’Américain moyen : il a 42 ans, il travaille, comme tout le monde, dans un bureau, il habite une banlieue confortable en compagnie de sa femme et de sa fille adolescente.  Cependant, tout d’un coup, il se rend compte que les valeurs et les attributs bourgeois auxquels il avait consacré aveuglément sa vie ne sont que vide.  Lester se libère, sans retenue, et les conséquences de ce mouvement bouleversent son existence bien ordonnée.  Mais grâce au tour de force d’interprétation de Spacey, Lester trouve la paix par suite de sa radicale transformation, qui évoque pour lui de nouveaux concepts, et lui donne une liberté absolue.

        Le catalyseur apparent de cette transformation radicale est sa femme Carolyn (Annette Bening), personne tendue.  Elle est agent immobilier, et écoute, dans sa Mercédès quatre-quatre, des cassettes destinées à améliorer sa vie personnelle.  Elle est tellement maniaque et décidée à tout maîtriser qu’elle semble sur le point d’exploser.  Lorsqu’elle apprend la transformation de Lester, elle est indignée, et son bafouillage provoque une recrudescence de la conduite de Lester, au comportement d’enfant sauvage non dompté.

        Lester et Carolyn se sont progressivement éloignés l’un de l’autre ; ils ne sont plus mariés que sur le registre.  Il n’y a ni amour, ni relations sexuelles.  Leur fille Jane (Thora Birch), lycéenne au visage contracté par le ressentiment, ajoute au désarroi.  Jane se méfie de ses parents, ne communique pas avec eux, et est gênée d’être vue avec eux.  Ce qui l’exaspère le plus, c’est le désir de Lester, mal dissimulé, pour son amie et camarade de classe Angéla, petite aguicheuse et " cheerleader " qui profite de son allure coquette pour fuir son insécurité profonde.  " J’ai besoin d’un vrai père ", lance Jane, d’un ton amer, " non un débile excité qui va s’envoyer en l’air chaque fois qu’une copine vient me rendre visite ".  (Dans une disjonction curieuse entre le script et le casting, Jane déclare qu’elle économise l’argent qu’elle gagne en faisant du babysitting pour se faire refaire les seins, mais quand elle s’expose, dans un moment d’abandon, à son petit ami, on voit qu’il y a " du monde au balcon ".)

        Le rôle d’Angéla est tenu, de façon vivante, par Mena Suvari, qui avait joué un personnage bien plus innocent dans le film American Pie.  Angéla accueille et encourage le flirt de Lester, alors que Carolyn trouve une âme-soeur dans un rival, l’onctueux soi-disant " roi de l’immobilier " (Peter Gallagher), qui, lui, traverse une crise conjugale.  Au beau milieu d’une séance d’amour avec le " roi ", Carolyn s’écrie, " Baise-moi, ta majesté " !

        Véritablement, ce film est grossier.  La profession du scénariste, Alan Ball, qui écrit des comédies pour la télévision, ressort, ainsi que dans d’autres exemples de sottise et d’exagération.  Mais malgré ces moments d’inconstance, Ball dote ses personnages d’une présence d’esprit éclatante, d’un sens de l’humour bien à-propos.  D’autre part, le film devient plus profond lorsqu’une famille nouvelle emménage à côté de chez les Burnham.  Le fils, Ricky Fitts (Wes Bentley), s’intéresse à Jane de manière sérieuse et durable.  Bien que Ricky soit tourmenté et maltraité par son père (Chris Cooper), colonel homophobe du Marine Corps, il fait preuve d’une maîtrise de soi et d’un aplomb invraisemblables, percevant de la beauté dans certains objets banals, voire dans la mort.

        Il faut se souvenir qu’ " American Beauty " est le nom d’un rosier.  Ces roses apparaissent par intermittence, comme une métaphore frappante pour la beauté.  C’est là où le cinématographe Conrad L. Hall, brillant partout au niveau de l’encadrement et de l’éclairage, prend bel et bien son essor ; que ce soit quand on voit un vase éblouissant posé au milieu de la table de salle à manger, ou quand Lester songe à une baignoire dans laquelle Angéla n’est recouverte que de centaines de pétales vermillon.

        Fertilisé par des personnages pleins d’imagination, une interprétation excellente, un humour cinglant, un pathéthique considérable, et, en fin de compte, un tragique choquant, American Beauty est un bouquet captivant et innovateur.  Il encapsule, de façon pénétrante, les avantages et les inconvénients, les joies et les déceptions, de la vie bourgeoise aux Etats-Unis à la fin du 20e siècle.  Toutefois, la subtilité n’est pas le point fort du film.  Bien qu’il ait obtenu en 1999 cinq excellents Oscars (meilleur film, réalisateur, acteur, scénario, cinématographie), ce n’est pas, à mon avis, le meilleur film de l’année.  Cet honneur appartient au Sixième sens, film à suspense, qui donne des arrêts de coeur.

Note : 9 crises de l’âge mûr sur 10

 

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